Ce jour merveilleux

C’était un vendredi.
La semaine précédente le couperet était tombé : on allait une nouvelle fois me déclencher.
Le bébé risquait d’être gros et comme les échographistes étaient saturés, le personnel médical préfèrait me faire accoucher quinze jours avant le terme, simple précaution. Une sage-femme avait bien procédé à un décollement des membranes dans l’espoir que le travail se fasse naturellement… en vain ! Elle devait avoir une quarantaine d’années, était rousse et un peu ronde. Vous allez trouver ça idiot mais je me suis tout de suite sentie à l’aise avec elle (enfin autant qu’on peut l’être avec les pieds dans les étriers !). Je me suis dit qu’elle avait dû en baver à l’adolescence (mais peut-être pas finalement) et qu’elle était plus à même de me comprendre que ses jeunes et jolies collègues qui semblaient sortir tout droit du dernier défilé de la fashion week. Elle était souriante et m’inspirait une profonde sympathie.
Le rendez-vous était donc pris à 8h30 ce vendredi là. Tout le monde était affairé quand nous sommes arrivés à la maternité, nous avons patientés. Je guettais l’arrivée de la sage-femme qui nous prendrait en charge. Je croisais les doigts fort pour que Mme Rousse apparaisse, tout en me disant que cette probabilité était quasiment nulle. Et, vers 9h15, elle est apparue. Le déroulement des opérations s’annonçait sous les meilleurs auspices. Je lui ai dit : « A midi c’est fini ! ». Elle a rit. Après les examens de rigueur, elle a branché la perfusion d’ocytocine. J’avais tellement souhaité que, cette fois-ci, tout se passe de façon naturelle… j’étais déçue. J’avais imaginé un accouchement sans péridurale et accroupie (oh ça va ne levez pas les yeux au ciel, beaucoup de femmes enfantent dans cette position à travers le monde). Autant dire que les fils de la perfusion et du monitoring ne faisaient pas partie du programme initial ! Les contractions ont été longues à venir et n’était pas régulières. Mme Rousse a alors décidé de percer la poche des eaux pour accélérer le travail. Lors d’un déclenchement, c’est normalement à ce moment là que la péridurale est posée car les contractions deviennent alors très intenses. Mais comme je voulais être le plus longtemps possible actrice du travail, Mme Rousse m’a proposé d’attendre en me disant bien : « Dès que ça devient douloureux, vous sonnez pour qu’on appelle l’anésthésiste. ». Une demi-heure après, je m’exécutais. O surprise, ce ne fut pas Mme Rousse qui apparu dans l’entrebâillement de la porte mais Florian le stagiaire sage-femme. « Que puis-je pour vous ? » me demanda-t-il. « Pourriez-vous appeler l’anesthésiste ? Je commence à avoir du mal à gérer la douleur. » gémissais-je entre deux contractions. « Il va falloir attendre ! Votre sage-femme est descendue déjeuner. » Je crois que si mes yeux avaient été des lance-flammes, il aurait été brûlé sur le coup. Un peu plus tard je res-sonnais. Je commençais à perdre pieds. Une nouvelle tête fit son entrée : une jeune femme qui me demanda encore de patienter jusqu’au retour de Mme Rousse. Mais pourquoi diable m’avait-elle abandonnée aux mains de ses ignorants qui ne composaient pas le numéro du poseur de péridurale ??? J’étais là à souffrir pendant qu’elle s’enfilait un repas sans saveur à la cafet’ de l’hôpital. Après des minutes qui m’ont paru interminables, elle est enfin revenue ! « Oula ! » s’est-elle exclamée, « le travail est bien entamé ! On ne le dira pas à l’anésthésiste sinon il risque de ne pas vouloir s’occuper de vous. » « Ils veulent ma mort ? » me demandais-je. Et puis Thierry Neuvic est arrivé. Enfin non pas vraiment lui, mais un homme qui lui ressemblait étrangement. « Je suis l’infirmier assistant, l’anésthésiste sera là d’ici un quart d’heure. » « Un quart d’heure ? Vous voulez dire quinze minutes ? 900 secondes ? Tout ce temps à endurer cette torture ? » (non je n’ai pas vraiment utilisé le mot « torture » mais c’est bien ce que je pensais sur le moment). Thierry a décidé de prendre de l’avance en commençant à me coller des patchs et en me passant en salle de travail. Et là, alors qu’on me brancardait d’une pièce à l’autre, j’ai senti le fil de mes respirations m’échapper. J’ai compris que je n’allais plus rien maîtriser. Je regardais Mr Neuvic pleine de supplication. Alors qu’il en était encore à son encollage, tout s’est emballé. J’ai senti pousser, Mme Rousse a débarqué en disant « Il n’y aura pas besoin de péri, il faut y aller ! ».
Quelques minutes plus tard, Nino était né. Le bonheur qui m’a immédiatement envahie était mille fois supérieur à la douleur (pourtant vraiment intense) ressentie les instants précédents. Il était 13h30 (une petite heure et demie de retard sur ce que j’avais annoncé à Mme Rousse). J’étais fière de moi et comblée. Finalement cet accouchement a presque été celui dont j’avais rêvé. Un peu malgré moi, un peu grâce à ma sage-femme préférée et à son estomac mais aussi grâce à sa gentillesse et à la super auxiliaire de puériculture qui était avec nous au moment crucial et qui a su m’apaiser et m’encourager.
C’était un vendredi. C’était un 06 avril. C’était il y a un an et il me semble que c’était hier. Joyeux anniversaire mon Nino d’amour !

Naissance Nino

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12 réflexions sur “Ce jour merveilleux

  1. Pingback: Trio vous resterez | Papa bricole et Maman blogue

    • Oui je crois que la première année est celle qui passe le plus vite (bon, les suivantes défilent aussi à vive allure !). Même si l’accouchement était douloureux je donnerais beaucoup pour revivre ce merveilleux moment (serais-je maso ?!)…
      Merci pour lui 😀 !

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