Du dépassement de soi

Le 25 mai dernier, mon amie Emilie a enterré sa vie de jeune fille.

C’était une chouette fête en perspective mais je m’en suis rendue malade toute la semaine précédente.
Il y avait un petit peu le fait de laisser les enfants deux jours chez mes parents, les filles ça va mais j’ai encore un peu de mal à laisser mon bébé (comment ça « il a déjà 14 mois » ?!). En plus je savais que 15 jours plus tard (pour le mariage) il faudrait réitérer la chose et ça me laissait perplexe . Et me voilà en pleine schizophrénie maternelle tiraillée entre cette envie folle de m’éclater jusqu’à en oublier mes trois accouchements et la déchirure d’abandonner mes bambins.

Passé ces considérations parentales, c’est la peur qui m’a hantée. La peur de quoi ? Si vous voulez le savoir, lisez la suite (ça c’est du teaser ! Je pense que je vais bientôt postuler chez M6…) !

Lorsque famille et copains s’étaient réunis pour préparer dignement l’événement, la sœur de mon amie nous avait alors confié qu’Emilie « voulait quelque chose qui bouge, pas un truc pépère« . Quel ne fut pas mon soulagement quand l’idée de devoir se mettre en maillot de bain fut écartée (adieu sauna, hammam et tous les autres plans que je redoutais) ! Ce soulagement fut hélas de courte durée quand j’entendis : « Ce qui lui plairait vraiment ça serait de faire de l’accrobranche ! » D’emblée, alors que je restais muette, plusieurs voix s’élevèrent pour scander négativement. « Je ne me vois pas du tout faire ça ! » « J’ai le vertige. » « Je ne pourrai pas, j’attends un bébé ! »  « Zut zut et re-zut » pensais-je en me disant que moi qui avais quand même porté trois enfants en quatre ans et demi, je n’étais, pour une fois, pas enceinte. « Pppfff… c’est bien veine ! » pestai-je mentalement. Mais finalement, ce qui m’importait sur le moment c’était de trouver une activité sympa et sûre de plaire à la future épouse. Alors, prenant mon rôle de témoin très à cœur, je me décidai à positiver et j’essayai de convaincre toute l’assemblée qu’il fallait passer au-delà de nos réticences pour faire plaisir à notre amie.

Les mois passèrent et plus la date fatidique approchait, plus la panique m’envahissait à la pensée de jouer la Jane dans les arbres.
Les cours d’escalade du lycée me revenaient douloureusement en mémoire ; je revoyais mon affreuse prof dans son affreux jogging (oui tout était affreux chez elle : sa voiture, ses cheveux, son fils, son nom de famille mais surtout son mari – prof de sport lui aussi – qui me semblait être un affreux pervers) qui me hurlait que « Non le vertige n’existe pas » et qu’il fallait que je « bouge [m]es fesses pour monter plus haut qu’à 1,50 mètre du sol« .
Les dernières nuits avant le jour J ont été peuplées de cauchemars où le décor se transformait en jeu de plateau et où je devenais Super Mario. Et vous savez quoi ? Ben j’ai toujours été nulle en jeu vidéo et j’ai toujours détesté les sauts où j’imaginais le héros s’aplatir comme une vieille crêpe si j’échouais (ce qui arrivait au moins 4 fois sur 5). Il faut peut-être que je vous rappelle qu’en plus d’avoir le vertige (monter sur une échelle est pour moi une réussite, en redescendre devient carrément un exploit !), je suis l’antithèse du sport.
Bref, ça me faisait de la peine de le constater, mais je partais à reculons en week-end. Je me mettais une énorme pression en me disant qu’il fallait que j’y arrive pour Emilie et qu’en plus de ça si je restais coincée à la cime d’un pin ça serait trop la loose !

Mais, comme on ne peut arrêter l’aiguille du temps, le 25 mai arriva et je dus faire face à mon destin (j’essaye d’insuffler une dimension dramatique à mon récit, ça marche ?).
Dans quelques instants, vous saurez si j’ai réussi ou non à dompter ma peur. Ai-je oublié de fermer mon mousqueton ? A-t-on dû m’évacuer en urgence à la suite d’un malaise ? (je tease, je tease…)

Allez je vous plante le décor : Nous sommes samedi après-midi. Nous arrivons vers 16h00. A peine descendues de notre véhicule une blonde se précipite vers nous : « Vous êtes l’enterrement de vie de jeune fille ? » Les tee-shirts à l’inscription « enterrement de vie de célibataire » nous auraient-ils trahi ?
« Suivez-moi ! » Là, tout va très vite, nous n’avons pas bien le temps de réfléchir. En chemin je regarde mes pieds. Tiens ils ont quelque chose de différent de ceux de mes copines… Ah oui, les leurs arborent des baskets de compet’ alors que les miens sont seulement vêtus de petites tennis. Je ne m’en formalise pas plus que ça, après tout je vais mourir dans quelques minutes. Je ne sais pas encore si ça sera de gêne parce que le baudrier n’est vraiment pas ce qui me met le plus en valeur, de honte parce que je vais peut-être faire pipi dans ma culotte tellement je suis terrorisée ou bien parce que je vais faire une chute mortelle (là je ferai la une des journaux mais je laisserai derrière moi trois malheureux orphelins).
Le gars de l’accueil nous dit : « Si vous avez un souci, vous criez très fort « Hugo » !« . Je place ce prénom au centre de mon cerveau tout en espérant ne pas avoir besoin de le hurler.
Nous commençons par un petit parcours d’initiation, quasiment au ras du sol. Il se déroule sans encombre. Je vois Emilie, super enthousiaste, et son sourire me réchauffe le cœur !
Allez, c’est parti pour la véritable aventure ! Pour ceux qui ne connaissent pas, l’accrobranche c’est comme le ski : il y a des parcours verts, puis des bleus, des rouges et enfin des noirs. Moi je me dis que si j’arrive à terminer un vert sans que ma vessie me fasse de mauvaise blague, je serai déjà super fière de moi ! Nous nous élançons, Emilie en tête. Je suis avant-dernière. En bas, deux copines nous observent (l’une parce qu’elle est enceinte, l’autre parce qu’elle s’est fêlée une côte) et nous encouragent. Les premières nous disent que ça n’est pas si terrible et qu’on va réussir. Finalement, je suis surprise car, concentrée sur l’effort physique, le vide ne m’impressionne pas tant que d’habitude. Nous finissons notre premier parcours, j’ai les genoux qui tremblent mais je suis satisfaite.
Nous en enchaînons un deuxième du même niveau. Je gère mon stress, boostée par la bienveillance de mes amies et par l’allégresse d’Emilie (pari réussi, elle s’éclate !).
« Allez, on passe au bleu ! » crie la chef de bande quand nous finissons notre second circuit. Telle une brebis docile, je suis la troupe. Au pied de l’échelle qui mène à l’azur promis, je réalise ma folie. Là on monte d’un niveau au propre comme au figuré. Je me retourne vers Laetitia, ma copine de galère qui n’est pas beaucoup plus hardie que moi sur ce coup là. « Non mais d’habitude je ne monte même pas dans un grenier, je ne vais pas pouvoir faire ça. » « Allez, on sera contentes après ! » Je me laisse convaincre et j’entame mon ascension. Pendant que je monte péniblement l’échelle, j’entends les commentaires des autres. Je sens qu’elles ont du mal, les filles de la terre ferme habituellement si positives commencent à émettre des doutes quant à nos chances d’y parvenir. Je fais marche arrière. Une famille avec deux petites filles en profite pour s’engager. Je suis vraiment vexée de voir une gamine de 5 ans faire les doigts dans le nez ce à quoi je viens de renoncer ! Avec Laetitia nous allons au pied des arbres voir où les autres en sont. La sœur de la mariée doit s’accrocher à une sorte de liane et elle semble quelque peu tétanisée. Je me sens mal pour elle. Nous l’encourageons. Elle finit par se lancer avec succès. Laetitia me dit alors : « Il faut qu’on le fasse, ou nous le regretterons ! » « Je ne peux pas. Mais vas-y toi ! » « C’est nous deux sinon rien ! » Je ne sais pas quelle mouche me pique alors mais je remonte sur l’échelle de la torture. Je gravis péniblement les étapes. Chaque pas est à la fois un calvaire et une immense autosatisfaction. Nous atteignons une tyrolienne de 300 mètres qui semble annoncer la fin de mon supplice. Elle est haute et longue. Tellement longue qu’on ne voit même pas l’arrivée. Je décide d’en finir vite et je ne tergiverse pas longtemps avant de sauter dans le vide. Mais au bout du filin, la déception est immense : nous sommes loin d’avoir terminé le parcours ! Je continue un peu mais je commence sérieusement à faiblir (ça fait quand même trois heures que nous jouons les apprenties guenons !). J’aperçois des balançoires qui mettent mon moral à plat et subitement mon corps me dit non. Je me suis tellement dépassée avant que je ne peux plus, mes jambes (et ma tête aussi) refusent de me porter plus loin. Manue qui est en bas propose alors d’aller chercher le beau Hugo pour me sauver. Il arrive tel un héros (je vois presque un halo de lumière l’entourer). Il sort une corde de sa poche et me dit qu’il va falloir descendre en rappel. Je m’en fiche, je veux juste retrouver la terre ferme, je crois que je pourrais sauter si on me le disait. Je n’ai qu’un tout petit peu honte et je ne suis même pas frustrée. J’ai donné le maximum et bien plus encore, je suis montée à 6 mètres de hauteur et j’ai souvent gardé le sourire (photos à l’appui).
Mes amies sont les meilleures du monde. Il y a eu une cohésion de groupe formidable, un coaching d’enfer, des supporters du tonnerre, de l’émotion (Françoise qui, restée au sol, versa sa larme émue de ce que j’accomplissais par amitié – non les hormones de grossesse n’y sont pour rien !). J’ai accompli ce que je pensais impossible, d’y repenser me donne des ailes et cerise sur le gâteau : la future mariée était ravie !

Accrobranche

ps : Merci à vous qui avez eu le courage la patience de me lire jusqu’au bout ! Je sais combien mon récit était long mais l’exploit en valait la chandelle !

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3 réflexions sur “Du dépassement de soi

  1. Pingback: La compétition* | Papa bricole et Maman blogue

    • Oui je ne peux pas dire que j’y ai pris du plaisir ! Par contre, j’en retire une immense fierté (peut-être même un peu plus d’assurance ?!). Nous sommes allés à Explora Parc à Saint Jean de Monts, si on oublie mes réticences à grimper dans les arbres, le site est plutôt agréable et l’équipe super sympa !

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