Le jour où Papy est parti

C’était un samedi.
Sam Chéri et moi nous préparions à accueillir notre bande de copains pour fêter la naissance d’Emma. J’étais affairée en cuisine.
Le téléphone a sonné. C’était Môman. J’ai tout de suite senti à sa voix que quelque chose n’allait pas.
J’avais un grand-oncle très malade à cette époque alors j’ai pensé à lui. « C’est Tonton ! » lui ai-je dit la voix tremblante.
« C’est Papy. » a-t-elle répondu dans un sanglot. A cet instant, mes pensées se bousculent. Lequel de mes grands-pères ? Quand ? Pourquoi ? Comment ?
« Il a fait un A.V.C. » J’ai compris qu’il s’agissait de son papa. Mon petit papy chéri, cet homme si doux chez qui j’avais passé tant de vacances. « Il est à l’hôpital ; il n’y a plus rien à espérer. »
Mon monde s’est écroulé. Je me revois lâcher ce que j’avais dans les mains et m’agenouiller. Passer le téléphone à Sam Chéri pour ne plus rien entendre. Môman a dit d’attendre pour venir.
Je voulais tout annuler. Emmener mes préparations culinaires chez mes amis et les laisser faire la fête entre eux. On a longuement discuté et on s’est dit que Papy n’aurait pas aimé et qu’être entourés de nos amis prenait alors tout son sens. J’ai oscillé toute la soirée entre rires et larmes mais je ne regrette rien.
Le lendemain j’ai pris la route de l’hôpital avec ma petite sœur et Pôpa. En route, mon oncle m’a téléphoné pour m’annoncer que Papy venait de rendre son dernier souffle. Les mots que j’ai alors eu à dire à ma petite sœur chérie et à mon papa ont été les plus durs à prononcer de ma vie. Nous étions à 20 minutes de le retrouver et je lui en ai beaucoup voulu de ne pas nous avoir attendus. Mais, avec le recul, il était parti dès la veille pour moi. Je savais que plus jamais je ne l’entendrais raconter ses blagues et plus jamais je ne pourrais le voir s’attendrir devant mes filles.
Les jours suivants ont été difficiles. Mamie a tenu à le ramener chez eux et de le voir là, à la place de la table à manger, m’a perturbée. Quand ils ont fermé son cercueil, je me suis réfugiée dans son atelier. J’ai cru qu’il allait venir me consoler. Je l’entendais me dire « Pleure pas, belle chatte ! » (ben quoi, c’est une expression comme une autre). 

Le dimanche suivant la mort de Papy, ma grand-tante que j’aimais tellement est partie elle aussi.
Le sort s’est acharné. J’ai versé tellement de larmes que je ne savais plus pour qui je pleurais. Quand je l’ai appris, j’étais comme sonnée. J’ai même cru l’espace d’une seconde que tout ça n’était qu’un monstrueux cauchemar.
Ma marraine (ma grande sœur de cœur) est devenue orpheline. Ma grand-mère a perdu son mari et sa sœur en l’espace d’une semaine. Papy avait pour habitude de nous suivre dans l’allée quand nous repartions en voiture de chez eux. L’image de Mamie seule au bout de cette allée dans mon rétroviseur me hante depuis ce jour.

C’était des personnes âgées ; eux-mêmes auraient dit que c’est dans l’ordre des choses. Mais c’était trop brutal, trop violent, trop d’un coup. Et il est toujours trop tôt pour dire au revoir aux personnes qu’on aime.

Je ne sais pas pourquoi j’écris ce billet aujourd’hui… Il fait beau, j’ai le moral, Nino joue gentiment aux Playmobils à côté de moi.
Peut-être qu’au fond ce blog a un petit peu été créé pour ce billet. Parce que, quatre ans et demi après, je pense avoir fait mon deuil mais pas une journée ne passe sans que je ne pense à eux. Parce qu’il fallait que ça sorte.

Papy

Promis la prochaine fois, je plombe moins l’ambiance.

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10 réflexions sur “Le jour où Papy est parti

  1. C’est dur… on a beau se dire qu’ils sont âgés et que cela va arriver, c’est normal… ben non, impossible de s’y préparer. ..
    Moi, j’ai encore les 3 miens, et je n’en profite pas assez 😦

  2. J’ai les larmes aux yeux. Ton billet est rempli d’amour et de tendresse. J’ai beau m’y préparer, petit à petit, je sais bien que le jour où je n’aurais plus mon Papy ce sera forcément trop brutal pour moi. Une pensée pour le tien ♥

  3. Comme je te comprends, j’ai perdu mon grand-père en septembre dernier. J’en ai parlé sur mon blog aussi, plusieurs mois après, et c’était dur, mais ça m’a fait du bien.
    Le plus dur, comme pour toi, aller chez ma grand-mère et ne plus le voir. Voir sa place vide. ne plus l’entendre râler (oui c’était un râleur), ne plus l’entendre m’appeler « Ad », lui qui était le seul à m’appeler ainsi. Et savoir ma grand-mère seule. Heureusement, elle est bien entourée et voit beaucoup de monde. Mais je n’ai pas réussi à l’appeler avant Noël, et encore, parce qu’on me l’a passée au téléphone (ma grand-mère habite loin, je la vois donc très peu) et ça a été très dur, mais j’ai pris sur moi.
    Au moins, il aura connu ma fille. Il l’aura vu. Comme ton papy aura vu tes enfants.
    Allez, et pour pas trop plomber l’ambiance, on leur fait un gros gros bisous, et on continue la vie, parce que c’est ce qu’ils auraient voulu 🙂

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