La journée arc-en-ciel

Depuis quelques semaines, nous traversons une zone de turbulences à la maison.
Emma est à nouveau en crise.
On a beau savoir que c’est cyclique et que ça ne dure pas, c’est difficile à vivre pour tout le monde. Pour peu que je sois fatiguée, je n’ai aucune patience et ma tolérance est proche du niveau 0. Et ces jours là, l’ambiance est terrible à la maison, les cris se mêlent aux pleurs et mon cœur de maman se brise.
A ce sujet Coralie a posé des mots tellement justes dans son Constat d’échec que je vous invite à les lire. Ses mots ont résonné en moi comme si elle les avait écrit à ma place (nous sommes donc plusieurs à ne pas aimer la maman que nous sommes).

Samedi soir, ma blondinette a été particulièrement dure et, au lieu de garder mon calme et de me raisonner, j’ai été dure à mon tour. Je lui ai dit des mots méchants, des mots que je ne pensais pas mais qui sont quand même sortis de ma bouche. Moi l’adulte, je me suis muée en petite fille capricieuse répliquant aux caprices d’une autre.
Dans ces moments là, je crois que ce qui me met le plus en colère contre Emma c’est ce que je ME reproche. Je lui en veux de tant me ressembler. Pourtant elle n’y est pour rien, tout ça n’est qu’une histoire de gènes. Je crois que la clé serait que j’arrive à dompter mon propre caractère pour mieux la comprendre (merci Docteur Freud aka moi-même !).

Dimanche, nous sommes allés voter en marchant et la demoiselle a été odieuse pendant la ballade. Je me suis éloignée avec Nino et Zoé et j’ai laissé Sam Chéri gérer, ça m’a donné un peu d’air. En rentrant à la maison, nous avons décidé de faire fi de son humeur et le reste de la journée s’est mieux passé.

Et puis hier enfin elle est arrivée. LA JOURNEE ARC-EN-CIEL, celle qui fait basculer notre quotidien de l’autre côté, celle qui nous met du soleil dans la tête, des étoiles dans les yeux et des couleurs plein le cœur. La journée où tout se passe bien, où Emma se maîtrise et où les rires remplacent les larmes. La journée bonheur où on rentre de l’école à pieds et où notre chemin de campagne fleure bon la liberté.
Oh bien sûr on sent que cet équilibre est fragile et qu’une toute petite étincelle pourrait facilement déclencher une nouvelle bataille ; mais cette journée elle m’a fait un bien fou, elle m’a reboostée et c’est tout ce qui compte pour l’instant.

Journée arc-en-ciel

Ma douce furie

Si je t’écris aujourd’hui c’est parce que je ne trouve plus les mots à te dire pour t’apaiser.

Tu as toujours été très forte de caractère, toute bébé tu t’énervais déjà toute seule à t’en rendre violette.
Souvent je me dis que ta persévérance te servira dans la vie, que tu obtiendras ce que tu désireras, que tu te battras pour réussir.

Mais là j’aimerais que tu cesses de te battre un peu.

Non le quotidien ne devrait pas être une lutte permanente comme celle que tu nous imposes. Tu cherches sans arrêt les limites, NOS limites. Aujourd’hui je te le dis, elles sont atteintes. Je suis épuisée nerveusement.
Les gens qui ne te connaissent pas vraiment bien pourront dire que j’exagère mais ils ne savent pas.
A l’école, tu es une petite fille modèle (et j’en suis fière). Pourquoi alors devenir ainsi quand tu franchis le seuil de la maison ? Nous nous remettons beaucoup en question avec papa. Pourquoi as-tu l’air d’avoir besoin de nous entendre crier pour te sentir bien ? Parce que oui nous crions. Nous avons tout essayé (enfin je crois) : la tendresse, les punitions, l’ignorance… Et moi j’ai besoin de crier quand je te vois nous chercher tel que tu le fais.
Tu me ressembles tellement, toi ma blondinette, que ça me fait mal. Ca me fait mal au plus profond de moi.
Je pense que si tu fais ça, c’est que tu recherches notre affection. Tu préfères que nous passions notre temps à te houspiller plutôt qu’on ne s’occupe pas de toi. Alors quasiment tous les soirs, à l’heure du coucher, j’ai une boule au ventre. Je redoute l’instant où tu vas te mettre à hurler que tu ne veux pas dormir, que tu veux « faire le bazar ». Je pense à ta sœur qui partage ta chambre et qui doit supporter tes cris. Parfois ton frère se met à pleurer lui aussi.
Si tes colères se limitaient aux soirées, il me semble que nous supporterions plus facilement. Mais à chaque instant tu peux basculer dans un autre état et la tyrannie s’abat alors sur notre famille.
C’est la première fois que j’en suis là. Avant-hier soir, je t’ai mise sous la douche froide. Auparavant, je n’aurais jamais fait ça. Je me suis vue au bord d’une forme de violence, avec ce besoin de passer mes nerfs. Je ne franchirai jamais la barrière mais, je t’en supplie, je voudrais qu’on arrête cette escalade conflictuelle.
Lorsqu’on dresse le bilan météorologique de ton caractère, on constate des phases de redoux au milieu des tempêtes. Hélas, c’est comme dans la réalité : ces derniers mois les rayons de soleil nous ont bien manqués. Auparavant, tes crises nous étaient réservées, mais depuis peu tu t’exerces aussi auprès de tes grands-parents. J’ai peur que tu n’arrives plus à te contrôler et que, comme moi, tu ne parviennes pas à cacher ton mauvais caractère. Je refuse qu’on te colle cette étiquette. Je suis comme une cocotte-minute, tu dois être née sous pression.

Tu es pourtant si douce, si fine et si drôle… Ma petite Emma, si seulement tu comprenais que mon amour pour toi dépasse de loin tous les cris que je pousse à ton égard. Mon cœur explose de bonheur quand je t’entends rire.
Si seulement je pouvais rire avec toi plus souvent…

Emma

* Je vous invite à lire ce joli billet de Sabine et associés qui m’a (un peu) déculpabilisée d’écrire celui-ci.

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La lettre recommandée

J’ai rêvé de travailler dans la communication, j’ai fait un détour par la fac d’histoire de l’art, j’ai obtenu un C.A.P. d’ébéniste et un autre de sculpteur-ornemaniste puis j’ai atterri dans une usine agro-alimentaire (vous avez commandé un C.V. express ?). Après j’ai alterné entre intérim et chômage, rien de bien original…
Alors, il y a un peu plus de sept ans, quand j’ai enfin obtenu un C.D.I., j’étais contente ! Ca n’était certes pas le boulot idéal, mais il y avait une légère odeur de bois dans les ateliers et je voyais la perspective d’acheter une maison se profiler.
L’année suivante, Zoé est née.
A la fin de mon congé maternité, j’ai constaté l’arrivée de Madame CRISE ECONOMIQUE. Cette horrible mégère avait semé la pagaille dans l’entreprise qui m’employait ; l’ambiance y était devenue exécrable ! Je crois que lorsque les gens n’ont pas assez d’ouvrage pour s’occuper, ils passent leur temps à se toiser en se demandant lequel d’entre eux sera le premier dont on se débarassera.
C’était décidé : au deuxième enfant je prendrais un congé parental à temps plein.
Les quelques mois qui ont suivi ont été difficiles, il m’arrivait souvent de rentrer en larmes. Heureusement pour moi, je suis de nouveau tombée enceinte et j’ai vite été arrêtée car la grossesse s’annonçait compliquée (pertes de sang au moindre effort). Il y avait donc un peu plus de trois ans que je n’avais pas travaillé quand Nino est venu au monde.
Mon intention était de prolonger mon congé parental quand ELLE est arrivée. Elle, cette lettre recommandée qui m’a tant perturbée.
C’était un administrateur judiciaire qui m’écrivait. Il me convoquait afin qu’on discute ensemble de mon licenciement économique. Je ne m’y attendais pas et ça m’a un peu sonnée. Non en fait ça m’a même complètement sonnée et je n’ai pas toujours compris les réactions de mon entourage.
Oui c’est sûr mon intention n’était pas de retourner au travail.
Oui c’est sûr je voulais me réorienter professionnellement.
Oui c’est sûr mon licenciement ne change pas notre situation économique pour le moment.
Oui c’est sûr il y a des personnes pour qui c’est beaucoup plus grave.
Mais là ce n’est plus moi qui décide. Je n’ai plus cette petite porte au cas où. Mon banquier ne m’accordera plus de prêt. Je devrais passer par la case Pôle Emploi si je veux faire une formation.
Cela faisait plusieurs années que je chantais à qui voulait l’entendre que je ne voulais plus y mettre les pieds et que de toute façon l’entreprise coulerait peut-être avant ma reprise. L’entreprise n’a pas coulé mais elle m’a laissée de côté et j’ai récolté ce que j’avais semé.
C’était fin août. Aujourd’hui je suis partagée. Il y a des jours où je relativise, je me dis que je vais rebondir. Que peut-être plus tard je penserai que cette lettre fut une bonne chose pour moi. Et puis des fois, l’avenir m’angoisse à mort.
Une chose est sûre, c’est que cette lettre aura changé ma vie… A moi de voir dans quel sens !

Lettre

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